[Avis] My City, du Legacy accessible à toute la famille

le dimanche 07 février 2021 par Tinou
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Ayant fini mon premier jeu Legacy avec Pandemic Legacy saison 1, une expérience qui fut vraiment sympathique, la tentation de revivre une aventure similaire était vivace. J’aurai pu miser sur la saison 2 de Pandemic mais voilà que Iello localise My City en version française. Nommé au Spiel des Jahres édition 2020, des polyominos, du Legacy et une création de Reiner Knizia, le cocktail a sacrément bon goût sur le papier. Si vous êtes nouveau dans le monde du jeu de société et que vous vous y intéressez depuis peu, il est presque certain que vous ayez déjà croisé la route de cet auteur sans le savoir avec plus de 500 jeux publiés à son actif. Une énième production mais la première qui soit véritablement Legacy pour M. Knizia !

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My City est un jeu familial et accessible à tout le monde. Les règles sont apprises et assimilables en deux minutes pétantes, même moins si vous ne lisez pas les exemples. C’est rare que je m’arrête sur ce détail mais il n’y a aucune interprétation possible sur la manière de scorer, tout est clair et limpide avec même une certaine redondance dans les explications afin d’être vraiment certain du comment ça se joue.

Le synopsis est simple : vous voilà à la tête d’une cité que vous allez développer en posant des polyominos de huit tailles différentes dans trois couleurs. Si vous êtes doué en mathématiques, vous avez compris que cela représente 24 tuiles, 8 formes dans trois coloris. Précision importante, chaque joueur dispose à chaque partie du même ensemble et tout le monde pose la même tuile de manière simultanée. Le rythme de My City est très agréable ; on pioche une carte désignant une tuile, on place la tuile désignée et ainsi de suite jusqu’à l’épuisement du paquet constitué de 24 cartes, une par tuile, ou que tous les joueurs aient mis fin à leur participation à l’épisode. Les tours s’enchaînent et une partie ne dure jamais plus de trente minutes. L’aspect immédiat et rapide du jeu est vraiment très appréciable et apprécié.

A l’instar d’un Karuba, la tuile qu’on va devoir placer est définie par une carte pour tous les joueurs. On est sur un titre où chaque joueur dispose du même set-up et va jouer la même pièce que ses concurrents mais où le résultat va être totalement différent. C’est pour moi l’une des principales qualités de Karuba que je retrouve dans My City. Un côté clairement bingo avec toujours cette notion d’instantanéité. Vous ajoutez à tout cela une ou deux règles de placement et voilà, vous êtes prêt pour l’aventure. Immédiat, familial, accessible, si vous en avez marre de lire des règles d’une vingtaine de pages, le dernier Knizia va vous reposer les neurones. Quoique…

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My City vous propose une campagne Legacy composée de 24 chapitres. Comprenez par là que vous allez coller des autocollants sur votre plateau, écrire dessus, ajouter / retirer du matériel et qu’une fois le 24e épisode achevé, il y aura un grand vainqueur. Rassurez-vous, la boîte ne finira pas à la poubelle en compagnie de vos boîtes de Pandemic Legacy puisque Knizia a prévu le coup avec des plateaux personnels recto / verso. D’un côté, une face prévue pour le Legacy, de l’autre une face permettant de jouer à l’infini avec des règles définies au mode Éternité.

Mais un mot tout d’abord sur la campagne. Chaque épisode amène sa petite règle et surtout une manière de scorer. Voyez le calcul du score final d’un épisode comme une équation avec trois constantes et une ou plusieurs variables. Nul doute, on est bien dans un jeu à l’allemande, très calculatoire ! Il n’y aura jamais de règles bien compliquées mais il faudra composer avec un ou deux broutilles supplémentaires. On a toujours été en attente d’un élément en plus qui nous fasse dire “OK cet épisode c’était de la bombe”. Je ne vous cache pas que la campagne a été engloutie en une semaine, l’aspect positif étant qu’il y a un je ne sais quoi d’addictif mais est-ce le jeu (son thème, ses mécaniques) ou le sentiment, l’envie, intrinsèque de découvrir la suite du contenu des enveloppes ? Pourquoi enchaîne-t-on les parties de Trek 12 ou du Dilemme du Roi ? Parce que nous sommes curieux et cela nous pousse de manière naturelle à continuer. Mais si Trek 12 amène du contenu via des défis à réussir, si Pandemic amène du matériel très chouette et des règles surprenantes, My City n’a jamais réussi à nous faire briller d’étoiles dans les yeux.

Je ne vais pas spoiler mais Reiner Knizia vous invite grosso merdo à revivre le schéma du développement d’une ville via une série de clichés assez convenus. Même si la mécanique induit une forme de répétitivité dans les parties, je m’attendais quand même à un petit peu plus de peps pour dynamiser le tout, surtout que le Legacy est l’occasion parfaite pour cela. Hormis deux twists, que je serai ravi de partager en privé avec celles et ceux ayant fini le jeu, la campagne ronronne beaucoup trop pour moi.

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Clairement, My City s’adresse à un public familial, cela se ressent dans le constant équilibrage ayant lieu à la fin de chaque épisode. Si vous parvenez à remporter un épisode, vous gagnerez des points de progrès (celui en ayant le plus à l’issue de la campagne remporte cette dernière) mais le jeu va vous pénaliser pour l’épisode suivant. Le deuxième le sera moins tandis que les autres seront avantagés pour rattraper leur retard. On n’évite pas l’effet yoyo et cela a pour conséquence de rendre insignifiante la recherche de la victoire car on sait que de toute façon le jeu va nous aider à repasser devant à un moment ou un autre.

Même si la campagne se révèle sympathique sans atteindre l’intensité d’une finale France - Brésil 1998, il y a un aspect dans lequel Knizia semble concurrencer le maître en la matière (Uwe Rosenberg) : le polyomino. En effet, la manière de scorer ne sera jamais bien difficile et ne variera que très peu mais cela n’empêche pas le fait qu’elle se révèle simple, efficace et intelligente. Voilà comment on en arrive à se chatouiller la matière grise sur 24 épisodes avec un gameplay qui laisse (pratiquement - pas de spoil) aucune place au hasard. Vous connaissez la taille de vos polyominos, seul l’ordre dans lequel vous allez les placer va varier. Etant donné que vous ne pouvez placer une tuile que de manière adjacente à n’importe quelle tuile déjà posée, vous allez parfois pester contre le tirage. Le reste ne sera qu’une question de programmation, d’optimisation et de rigueur dans le placement, ce qui est déjà très bien !

Bon, une fois la campagne terminée, que fait-on ? En général, un jeu Legacy signifie usage unique et irrémédiable du matériel. Oui mais l’auteur a pensé au mode Éternité, un mode qui se joue sur le verso de votre plateau individuel. Tout d’abord, il faut souligner qu’une telle initiative est vraiment bienvenue. C’est toujours un plus de pouvoir profiter autant qu’on le souhaite d’un jeu. Cela permettra sûrement d’enlever un frein en vue d’un achat pour beaucoup de joueurs.

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Ceci étant dit, le tableau n’est toutefois pas si resplendissant car ce mode Éternité n’intègre pas toutes les règles du mode campagne. En réalité ce mode correspond aux cinq premiers épisodes seulement ! Un choix curieux puisque nous avons des exemples de jeux évolutifs qui intègrent de manière très naturelle tout le matériel et les règles de la campagne dans un mode rejouable à l’infini, Harry Potter Hogwart’s Battle le fait très bien par exemple. Du coup ce mode Éternité me semble idéal pour faire découvrir le jeu mais nous n’y sommes revenu que très rarement une fois la campagne Legacy achevée.


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Mi-figue, mi-raison, neutre

My City peut miser sur de véritables atouts afin de toucher un public large et familial : l’immédiateté de son gameplay, des règles faciles et une campagne qui constitue une véritable porte d’entrée au genre du Legacy pour celles et ceux qui n’ont jamais tenté une expérience similaire. J’en garde le souvenir d’un jeu sympathique qui a eu le mérite de nous tenir en haleine le temps de sa campagne, même si in fine elle ne nous aura pas fait l’effet d’une bombe.

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Mi-figue, mi-raison, neutre

My City peut miser sur de véritables atouts afin de toucher un public large et familial : l’immédiateté de son gameplay, des règles faciles et une campagne qui constitue une véritable porte d’entrée au genre du Legacy pour celles et ceux qui n’ont jamais tenté une expérience similaire. J’en garde le souvenir d’un jeu sympathique qui a eu le mérite de nous tenir en haleine le temps de sa campagne, même si in fine elle ne nous aura pas fait l’effet d’une bombe.


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